Septembre sonne l’heure de la rentrée

PME Life & Style

On parle beaucoup du stress de la rentrée de septembre : ce n’est pourtant là qu’une partie de la vérité. Comment en effet nier qu’un authentique désir de recommencement nous anime en ce début d’automne, comment nier les excitants paris avec nous-mêmes pour une nouvelle année active (professionnelle, académique) imaginée d’avance comme très différente des années précédentes et la plus réussie de tout ce que l’on a vécu jusqu’alors?

Septembre donne en effet le signal d’une rentrée en beauté, d’une reprise des activités de toute manière plus douce, plus confiante et, en quelque sorte – plus élégante- que celle qui a lieu quatre mois plus tard et qui nous arrache brutalement, les yeux encore rouges des réveillons et l’estomac lourd, à l’atmosphère mirifique des fêtes de fin d’année pour nous jeter dans la froide grisaille d’un janvier déjà dés-enguirlandé et bien désenchantant…

Oui, la rentrée de septembre, c’est tout autre chose. Là, même la nature encourage le nouveau début : d’un soleil le plus souvent généreux mais d’une luminosité toute particulière et qui se fait plus discrète que celle des mois d’été, le doux septembre parraine avec bienveillance la méditation sur de nouveaux projets professionnels et personnels et sur de fondamentales remises en question auxquelles il insuffle de l’optimisme et de la confiance en ses propres forces.

Il marque aussi l’heure du retour à la logique de concurrence. Rien n’associe d’une manière plus convaincante « jardin secret » et intime avec une projection le plus souvent expansive du « moi » vers un univers de réussite et de paris gagnés que ne le fait le phénomène de la rentrée littéraire. Mois torride et caniculaire pour les affaires d’édition et de librairie, septembre fait en effet rimer émois intérieurs profonds et bonnes rentrées, littérature et vente. Tributaire de cette association quelque peu paradoxale, la rentrée littéraire essaie de combiner deux stratégies contradictoires : d’un côté multiplier les titres, souvent en prenant le risque de faire paraître des noms d’auteurs inconnus et de l’autre côté, miser sur les « valeurs sûres ». La première tendance est dictée par un espoir de casino : multiplier les mises augmente les chances de gagner. Et l’on compte contrecarrer le risque d’investir dans de nombreux noms inconnus (700 nouveaux romans sont à paraître en septembre et en octobre dont 500 d’auteurs français – un record depuis 30 ans !) en renforçant la publicité pour les ténors de cette littérature de « rentrée », tels les inévitables A. Nothomb (publiant chez Albin Michel) et M. Houellebecq (chez Flammarion).

L’effervescence dans l’univers de la vente littéraire, sensible tant du côté des éditeurs et des libraires que de celui des lecteurs heureux de finir en beauté leur été en retrouvant soit les nouveautés soit les noms déjà familiers de l’art de la parole écrite, est très significative de la très complexe phénoménologie sociétale, sociologique mais aussi psychologique que présente la rentrée de septembre en général. Tout comme la rentrée littéraire, la reprise de l’activité professionnelle obéit à la double pulsion d’introversion et d’extraversion. Quitter la plage, la piscine ou le camping bruyants pour revenir au travail correspond à un mouvement qu’une subtile psychologie météorologique et saisonnière nous fait exécuter, nous invitant à passer, en cette fin de l’été et à la veille de l’automne, vers une certaine introversion. Mouvement très naturel qui en soi n’a que peu de chose à voir avec la reprise de l’activité professionnelle mais qui y converge en ce mois de septembre, expliquant ainsi en partie pourquoi le moment de la rentrée est vécu d’une manière si intime et pourquoi il est souvent accompagné d’une auto- prospection intérieure et d’un désir de recommencement sur de nouvelles bases.

En même temps qu’une certaine introversion, la rentrée signifie renouement avec le monde de la concurrence et, dans une perspective plus psychologique et même plus philosophique – avec l’univers de la comparaison. Celui-ci superpose à la concurrence dans le travail et dans la productivité des rivalités plus purement humaines, plus personnelles et d’une nature (notamment) plus psychologique. Dans cette période immédiatement post- estivale, elles se traduisent par une volonté d’aller jusqu’au bout de la logique de la comparaison. Le désir de voir cette comparaison s’infléchir en notre propre faveur (« l’été me réussit davantage qu’à mes collègues », « je reviens de la mer dans une meilleure forme que les autres »…) est particulièrement fort chez les femmes ainsi que la volonté d’attendre de la personne d’en face comme un effet de miroir nous renvoyant une image optimisée voire sublimée de nous- mêmes.

Quant à la vraie concurrence, celle, moins « soft » et qui concerne surtout les relations de travail, de hiérarchie et la poursuite de résultats toujours meilleurs, on connaît déjà la grande tension dont elle est génératrice. Une nouvelle rentrée commence sans qu’on ait trouvé la solution miracle pour remédier à ce stress occasionnant, d’après la statistique, de deux à trois erreurs commises par heure dans notre travail.  Si des remèdes existent en effet, ils ne sont sans doute ni miraculeux, ni universels mais appropriés aux cas individuels. Sachant que les deux- trois erreurs que nous avons mentionnées plus haut, peuvent fatalement augmenter suite à un stress devenu intense, il serait intéressant pour certains d’apprendre les bienfaits de la sieste (la pause de l’après-déjeuner) que Entreprise.com recommande comme moyen à la fois de retrouver le calme et d’atteindre un niveau satisfaisant de concentration au travail…

Phénomène à la fois économique, sociétal et psychologique qui n’hésite pas à s’allier intimement toute la grâce et le soleil de septembre, la rentrée représente à elle seule déjà une saison.  Une saison bien délicieuse. Une saison à part.

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